Quel cauchemar lorsque je t'ai aperçu étendue sur la route ce matin d'un 3 avril à 3h45, j'aurais voulu croire que ce n'était pas la réalité mais hélas, la vérité était trop dure à accepter; une fois de plus à ce maudit endroit, à cause de cette sale route ou devrais-je dire plutôt à cause de ces quelques sales chauffards de la nuit qui roulent comme des abrutis en plein village pour gagner leur misérables 2 minutes par jour, inutile de leur expliquer qu'ils n'y gagnent rien, leur fin de journée sera aussi stupide que son début, et que leur vie tout court.
Je m'en veux aussi car je n'ai pas pensé à t'appeler hier soir; eh oui, c'était comme ça avec toi, il fallait t'appeler, insister pour que tu rentres dans la maison, tu était une grande timide.
Quand je pense, sur une portée de 4 chatons, tu est restée chez nous car chaque fois que quelqu'un venait pour prendre un chaton, tu te cachais sous la couette de maman, personne ne pouvait t'approcher, te toucher, même nous. Il fallait de nombreuses précautions pour que tu veuille bien rentrer dans la maison, tu ne devais entendre aucune voix étrangère, personne qui soit à moins de 3 mètres sur ton passage et même comme ça, tu attendais quelquefois jusqu'à deux jours avant de bien vouloir quitter ta cachette au dessus de la grange et venir entrer dans la maison, poussée aussi par le besoin de manger et de te réchauffer.
Mais nous avons eu la patience et l'idée, qu'avec beaucoup d'affection et de tendresse, nous pourrions t'apprivoiser un peu plus, et ça a marché: après trois années, en quelques mois tu t'es rapprochée de nous, et spécialement de la grand mère avec qui tu avais vraiment une relation privilégiée, tu répondais toujours à sa voix, tu la laissais te toucher et c'est toujours à elle que tu allais faire des câlins.
Ici, à la maison, tu étais déjà une star parmi la famille des chats, avec tes grands yeux verts si expressifs et ton miaulement si unique qui faisaient comprendre même à ceux qui ne te connaissent pas que t'es « une grande traumatisée de la vie » comme nous aimons bien te surnommer !
Tes miaulements insistants, suivis des petites griffes que tu cramponnais dans mon dos lorsque tu étais assise sur une chaise à côté de la mienne, pour me réclamer des câlins, me manquent déjà. C'est toujours comme ça, on se rend compte de l'attachement et l'affection qu'on a envers quelqu'un par le manque qu'il nous laisse lorsqu'il n'est plus là...Avec tes cinq années tu faisais partie depuis longtemps de la famille, mais tout ça me parait si court maintenant que tout s'est arrêté en moins d'une seconde...quand moi et ma soeur t'avons enlevé morte, j'étais endolori mais ce soir après t'avoir enterré je t'ai pleuré en t'écrivant ces lignes...
Trop d'éloges pour un chat ?
Chez nous, les animaux ont toujours fait partie intégrante et indissociable de la famille. Nous leurs donnons de l'amour, et une véritable relation s'installe, ils ne sont plus de simples animaux, ils deviennent tous des êtres vivants exceptionnels, chaqu'un développant son caractère personnel. A leur façon, ils savent me témoigner bien plus d'affection et de tendresse, gratuitement, sans intérêt, que bien des humains, qui ne méritent leur nom que par leur apparence physique. Alors, quand je vois qu'on rend hommage même à un dictateur, je n'ai aucune appréhension à te dédier ces quelques lignes, car s'il y a un paradis pour nous, il existe aussi pour vous ; un certain Antoine de Saint-Exupéry l'avait si bien compris...





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